MUSICIENNE - ONDISTE / IMPROVISATRICE / COMPOSTRICE

L'infini pour tout horizon (Vendredi 1er mai 2020)

Nous sommes en préventive, condamnés à trouver ce qui nous aidera à tenir durant un emprisonnement qui ne dit ni sa durée ni comment nous en sortirons. Personne ne sait, ne peut prédire, ne peut dater le retour aux accolades. Le 11 mai est agité, telle une promesse féérique où il s'agit plus de libérer sur la base du volontariat les parents de leurs progénitures et de faire de l'école une garderie, que d'un déconfinement progressif suivant une logique sanitaire à long terme (il y a à notre époque plus de place entre deux personnes dans une salle de cinéma cgr à Evry que dans une salle de classe à 15 élèves en école élémentaire de quartier).

Revendiqué acteur culturel, ce statut est balayé d'un revers de confinement et est dissous dans l'expression balbutiante de nos gouvernants à nous reconnaître et nous protéger: nous sommes réduits à notre fonction de consommateur, rouage essentiel de ce système capitaliste ; notre empreinte carbone, bien malgré nous, a été drastiquement réduite (pour exemple, Orly est fermé depuis le 1er avril jusqu'à nouvel ordre) et nous découvrons, aussi dur cela soit-il, à quel point nos comportements, aussi bien personnels qu'artistiques, étaient dépendants de cette Start-up Nation nous vendant des premiers de cordée côtés en bourse.

Nous sommes directement et indirectement impliqués dans cette crise. Non pas que nous acceptions et revendiquions cette complicité au néolibéralisme et ne cherchions pas à lutter et à dénoncer un système de marchandisation de la culture et du démantelement du service public. Malheureusement, nous notons amèrement que nos revendications - aux côtés d'autres luttes apparentées, menées par les enseignants, les soignants ou les gilets jaunes - à faire valoir nos missions d'intérêt général et à plus de justice sociale sont oubliées, et nous le réalisons, ou sommes en train de péniblement l'admettre, car nous serons les derniers à être relancés économiquement ; les priorités gouvernementales sont explicites. Par révélation, les vrais premiers de cordée sont les caissières, les soignantes, les livreurs, les éboueurs, les agents d'entretien, les techniciennes de surface, les conductrices de la RATP et la SNCF, les postières et les travailleurs précaires.

Ces corps dehors, les nôtres dedans et dociles. Chacun de nos mondes artistiques est pour l'instant dépeuplé. Il n'y a encore en soi aucune certitude de lendemains charnels. Nous sommes face au vide, avec nos corps abstinents. Traditionnellement, notre art convoque des rencontres physiques qui se finalisent par une adresse à un public. Les écritures pensées et inventées, les idées complotées et imaginées, ont besoin de la réalité physique de ces mondes que nous créons et co-construisons (avec nos collaborateurs, les producteurs, les diffuseurs, les subventionneurs) pour exister pour de vrai: nos différentes lectures du monde, nos différentes interprétations, nos différentes vérités exprimées se projettent dans l'espoir de la confrontation aux publics. C'est aujourd'hui mécaniquement inaccessible: le déconfinement tel qu'annoncé pour l'instant proscrit la planification de présentation publique de nos créations, sauf peut-être dans les "petits festivals".

Cependant, rappelons-nous que notre art exige de nous de d'abord intérieurement questionner les faits, d'interpréter les vérités, de réfléchir à nos travers, de faire bouger les lignes avant d'être présenté formellement. Ne nous laissons donc pas impressionner par cet infini qui n'est pas le vide. Au contraire, choisissons-le, cet infini, et autorisons-nous cette décontraction émotionnelle qui caractérise nos métiers et nos pratiques artistiques. La création telle que nous l'avons vécue jusqu'à présent et ses processus n'existent, d'un coup, plus. Le temps des cerises, déjà. Cependant, embrassons cette liberté de nous aligner avec cette époque inédite et posons dans nos têtes les nouveaux gestes créateurs pour imaginer la création d'après. Osons rêver les nouvelles écritures du sonore post-confinement. Reconvoquons nos corps, même dans un imaginaire dont la réalisation a un futur incertain.  L'art a toujours eu pour rôle de sortir de la sidération et de stimuler les imaginaires. C'est ce en quoi l'art est politique et est donc capable de repolitiser le social: réinventons, proposons à tous ces corps confinés et à nos premiers de cordée une nouvelle aventure sociétale. Projetons-nous pour mieux nous retrouver dans cet après hésitant et pour redonner rendez-vous à ces publics que nous n'avons pas eu le temps de saluer et aux nouveaux devant lesquels nous nous produirons demain.

Nous nous devons d'être au rendez-vous de l'après pour réinsuffler cette énergie artistique qui nourrit cet infini, non plus abyssal, mais peuplé de ces corps confinés et des premiers de cordée. Il est temps de nous réapproprier nos rôles politiques et d'affirmer l'utilité de nos pratiques pour inventer un nouveau désir collectif.

Aux rêves, à l'émancipation collective et à la liberté !

 

Née à Paris, Nadia Ratsimandresy découvre à l'âge de 9 ans la musique et l'onde Martenot dans la classe de Françoise Pellié-Murail à Evry.

Titulaire des Diplômes de Formation Supérieure d'onde Martenot et d'Acoustique Musicale obtenus tous deux en 2002 au CNSM de Paris, Nadia se consacre à la musique de chambre et au spectacle vivant: elle co-fonde en 2006 le Trio 3D avec Virginie Colette, soprano et Sophie Maréchal, guitariste avec lequel elle crée de nombreuses pièces pour cette formation (Régis Campo, Frédérick Martin, Jean-Marc-Chouvel, Colin Roche), elle s'associe au pianiste italien Matteo Ramon Arevalos sur le programme "Messiaen et autour de Messiaen" dédié à Messiaen et ses élèves sorti en CD sur le label anglais RER Megacorp en 2008 après une tournée hommage la même année (Angelica Festival, Curva Minore, Ravenna Festival, Area Sismica).  

Nadia travaille également avec la compagnie parisienne de Judith Depaule, Mabel Octobre ("Vous en rêvez - Youri l'a fait" spectacle cosmique, 2007 - "Même Pas Morte" spectacle multimédia pour enfants pour lequel Nadia compose la musique, 2010 - "le Voyage Cosmique", 2011 - "Année Zéro", 2014) et avec le groupe valenciennois Art Zoyd ("L'Homme à la Caméra", 2007 - "A Demi Endormi Déjà", 2011 - "Trois Rêves Non Valides", 2013 - "Vampyr", 2014 - "44 ans et demi", 2015 - "le voyage dans le Lune", 2016 - "Concert Hommage - Forêt de Samplers", 2020). 

En plus de projets plus ponctuels ("Sweet Dreams", spectacle des chorégraphes allemande Isabelle Schad et suisse Simone Aughterlony, pour lequel elle co-compose la musique avec Laurent Dailleau, 2009 - "Entre 2'0" impliquant le Trio 3D des compositeurs André Serre-Milan et Tao Yu, 2013), d'invitations en tant que soliste (Festival l'Arsenale, Italie 2015, Canberra International Music Festival, Melbourne Recital Center, Australie 2016, Music@VillaRomana, Italie 2016, MOFO Tasmanie, Australie 2017), Nadia développe un programme solo d'onde et électronique inauguré en septembre 2012 au festival City Sonic à Mons (Belgique) par la ré-interprétation de "Solo für Melodie-Instrument mit Rückkopplung" (1965-1966) de Karlheinz Stockhausen, recréé pour onde et patch Max MSP (développé par Carl Faia, sound live designer, dans les studios d'Art Zoyd). Ce récital est créé en novembre 2015 au Consortium à Dijon, produit par Why Note - avec son acolyte Baptiste Chatel, ingénieur du son puis est programmé à la Semaine du Son à Châlons-sur-Saone (janvier 2016), au Festival Electron à Genève (mars 2016), à l'espace Gantner à Montbéliard (avril 2016), au Festival Confluences à Paris (avril 2016) et au Copenhagen Avant-Garde Festival au Denmark (juin 2016) et au théâtre de Gävle en Suède (décembre 2016). Ce récital se développera avc de nouvelles pièces de Zeena Parkins (co-commande de Césaré-Huddersfield), Sara Wery (commande Ars Musica) et Nicola Sani (commande Ars Musica) à l'automne 2018, et Matt Collins (Huddersfield) fin 2019 / Why Note, producteur délégué.

En 2019, elle développe deux nouveaux projets: Tanzania Wolves avec la pianiste Cécile Thévenot, duo consacré à la performance d'électronique en live et Krumbuktus, trio danois avec Alexandra Carlgren, violoncelle et Ying-Hsueh, percussions (Klang Music Festival 2019 et Hindsgval Festival 2019).

Nadia est Professeur d'enseignement artistique d'onde & synthétiseur - onde Martenot et ondéa - au Conservatoire à Rayonnement Régional de Boulogne-Billancourt depuis janvier 2015.  



Biography